S’il existe un sentier qui incarne la démesure de l’Île du Sud de la Nouvelle-Zélande, c’est bien le Kepler Track. Contrairement à d’autres parcours qui suivent d’anciennes pistes maories ou des routes de pionniers, le Kepler a été tracé sur mesure pour offrir aux randonneurs le meilleur du Parc National de Fiordland.
Pour nous, ce périple de 60 kilomètres en boucle au départ de Te Anau a été une révélation. C’est une immersion brutale entre forêts de hêtres mousssues et crêtes alpines vertigineuses. Nous l’avons parcouru avec nos sacs à dos chargés et nos caméras au poing pour vous livrer ce guide complet, loin des sentiers battus.
L’ascension vers Luxmore Hut : le premier souffle
Le départ se fait en douceur le long des rives du lac Te Anau, sous une canopée dense où les fougères arborescentes semblent dater de la préhistoire. Mais ne vous y trompez pas, la montée vers le premier refuge, Luxmore Hut, est un véritable test pour les jambes.
- Le ressenti de Lucas : « C’est une ascension constante de 800 mètres de dénivelé. Ce qui frappe, c’est le moment où l’on quitte la forêt : soudain, la vue explose sur le lac et les sommets enneigés. C’est là que l’on comprend pourquoi on s’inflige de tels efforts. »
- Conseil de sécurité : Juste avant d’arriver au refuge, ne manquez pas les Luxmore Caves. Mais attention, le calcaire y est glissant. Munissez-vous d’une frontale puissante et ne vous aventurez pas seul dans les boyaux les plus profonds.
La traversée des crêtes : entre ciel et terre
Le deuxième jour est, de l’avis de Chloé, le plus spectaculaire de toute la Nouvelle-Zélande. Le sentier serpente sur les crêtes des monts Luxmore. Ici, vous êtes littéralement sur le toit du monde, exposé aux vents du large.
- L’œil de Chloé : « C’est le paradis du photographe, mais le cauchemar du randonneur mal équipé. Le sentier est étroit, avec des précipices de chaque côté. La lumière ici a une pureté incroyable, mais elle peut changer en quelques secondes. C’est sur ce tronçon que nous avons croisé nos premiers Keas, ces perroquets montagnards aussi curieux que chapardeurs. Surveillez bien vos sacs ! »
- La logistique : Cette section est totalement exposée. S’il y a bien un endroit où votre veste softshell ou votre hardshell Gore-Tex doit être accessible, c’est ici. Le vent du Fiordland ne pardonne aucune approximation.
La descente vers Iris Burn : plongée dans le vert
Après l’adrénaline des sommets, le Kepler Track plonge vers la vallée d’Iris Burn. La descente est longue, technique, en lacets serrés (« switchbacks »). On repasse sous la limite des arbres pour retrouver une ambiance humide et luxuriante.
Le refuge d’Iris Burn est niché dans une cuvette glaciaire. C’est ici que vous entendrez peut-être le cri nocturne du Kiwi, l’emblème national.
- Astuce bivouac : Si vous avez la chance d’avoir une place au camping ou au refuge, faites le petit détour de 20 minutes vers la cascade d’Iris Burn en fin de journée. C’est un lieu mystique, parfait pour apaiser les muscles endoloris dans l’eau glacée.
Le retour par le lac Manapouri
Le dernier tronçon suit la rivière Waiau et les rives du lac Manapouri. C’est une marche beaucoup plus plane, mais ne sous-estimez pas la fatigue accumulée. Le décor change à nouveau : on traverse des zones humides et des ponts suspendus qui rappellent les décors du Seigneur des Anneaux.
Préparer son Kepler Track : Ce qu’il faut savoir
Le Kepler fait partie des Great Walks, ce qui implique une organisation rigoureuse :
- Réservations : Les refuges (huts) se réservent des mois à l’avance sur le site du DOC (Department of Conservation). En saison haute (octobre à avril), les places s’arrachent en quelques minutes.
- Météo : Le Fiordland est l’une des régions les plus arrosées au monde. Une journée de soleil est un cadeau, pas une garantie. Soyez prêts à marcher sous la pluie.
- Sandflies : Ces petites mouches noires mordantes sont le fléau des zones basses. Prévoyez un répulsif puissant, car elles ne vous laisseront aucun répit lors de vos pauses au bord de l’eau.
Notre verdict
Le Kepler Track est plus qu’une simple randonnée ; c’est une épreuve de force et de contemplation. Pour nous, Lucas et Chloé, il reste l’un des moments forts de notre exploration néo-zélandaise. Sa boucle parfaite évite les navettes compliquées et offre une diversité de paysages (lacs, grottes, crêtes, forêts) qu’on trouve rarement sur un seul et même sentier.
Prêt à lacer vos chaussures pour le Fiordland ? L’aventure vous attend au tournant de la crête.
